27/10/2016

Carnet de deuil

 

Un prénom qui chante, une voix chaleureuse, un visage lumineux, c’était Adrienne Borreil, née Nivet qui vient de nous quitter à quatre vingt six ans.

Née à Montferrer en 1930, elle arriva à Reynés à l’âge de huit ans avec sa famille et ils s’installèrent au hameau d’als Andreuics.

Elle se rendait à pied à l’école du Pont de Reynés avec ses frères Henri et Jean-Marie, plus jeunes qu’elle. Au passage à Can Gane, Jeannot se joignait à eux tandis que leur chien faisait le trajet avec eux, repartait et revenait les chercher en fin de journée.

A midi la maman d’Adrienne leur apportait le repas qu’ils mangeaient dehors avant que Monsieur Marill, directeur de l’école, leur permette de réchauffer la gamelle sur le poêle.

Comme bien d’autres jeunes filles, elle a appris la couture auprès de Marie Berdaguer à Can Ruffaque et a transmis l’art de la couture aux jeunes filles de Can Borrell. C’est là, dans ce petit veïnat près de la rivière qu’elle a rencontré Paulin et le mariage a été célébré en 1950.

Alain est venu ensoleiller leur foyer, et plus tard Sébastien leur petit-fils qui a eu le malheur de perdre Martine, sa maman. Anaïs, leur arrière-petite-fille est leur trésor depuis 2012.

Adrienne était une femme vaillante, menant sa vie de maîtresse de maison et d’épouse d’agriculteur, toujours avec le sourire.

Elle a soigné jusqu’au bout ses parents et ses beaux-parents, tout en assurant l’entretien du « bestiar », cochons, poules, lapins, et du jardin, aidant son mari lors des cueillettes saisonnières, cerises, vendanges…

Pour plus d’efficacité, lorsque Paulin sulfatait la vigne du Ventous, elle le suivait en saupoudrant les ceps pour que l’humidité de la bouillie bordelaise retienne le soufre.

Continuant la tradition familiale, elle allait vendre fruits et légumes au marché d’Amélie les Bains, comme bien d’autres femmes de Reynés, formant une sorte de corporation soudée et solidaire.

Et puis un jour, la maladie… On voyait quelquefois sur le Ventous Paulin et Adrienne munie de son appareil respiratoire, faisant des haltes et poursuivant sa route sur cette campagne qu’elle aimait tant.

Courageusement, aidée par son mari et son fils, elle continuait à vaquer aux taches ménagères, et de délicieux fumets émanaient de la cuisine.

Adrienne manquera cruellement aux habitants de Can Borrell et à tous ceux qui la saluaient lorsqu’elle jardinait au bord de la route du village et qui n’oublieront pas son sourire pétillant derrière les lunettes.    

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