02/01/2017

Le siphon de Reynés

Agréable chemin de berge.JPGmonument du canal (1).JPG

Philippe Galy, guarda-rec du secteur de Reynés.JPG

syphon du canal(11).JPG

L'ancien tuyau en fonte remonte sous le canal.JPG

Le canal d’arrosage est entré en hibernation pour une période de deux mois environ. Contrôles et réparations seront effectués avant la reprise au printemps prochain.

Historique

Le 2 février 1753, le Conseil Municipal de Céret délibère pour solliciter la construction d’un canal destiné à l’arrosage d’une partie du territoire. Ce projet est important car il intéresse cinq communes du Vallespir : Amélie les Bains, Reynés, Céret, Maureillas et Saint-Jean pla de Corts. Il faudra malgré tout attendre cent ans avant que le projet voit le jour.

Construit en 1866, long de vingt six kilomètres, le canal achemine l’eau du Tech grâce à de nombreux ouvrages d’art, ponts et aqueducs.

Les jardins placés en contrebas profitent de l’aubaine pour produire fruits et légumes à profusion, quelle que soit l’intensité de la chaleur et de la sècheresse.

A Céret le monument de Gustave Violet rend hommage à ses créateurs, les huit propriétaires qui en 1861 hypothéquèrent leurs biens pour permettre la construction du canal. (Antoine Comes, Jean Fourcade, Joseph Planes, Jean Marill, Gabriel Barboteu, Jacoves Vilar,  Joseph Albitre et Joseph Vixelle)

Le canal est actuellement géré par un Syndicat formé de huit membres et les redevances annuelles sont calculées en fonction des surfaces à irriguer.

L’ouvrage majeur du canal

L’ingéniosité des constructeurs se manifeste en particulier au Pont-de Reynés où deux solutions se présentaient pour enjamber la vallée de la Ballera, construire un aqueduc ou creuser un siphon. C’est la deuxième solution qui a été choisie, travail de Titan à une époque où les engins étaient bien moins performants que de nos jours.

L’énorme tuyau en fonte rivetée à chaud sur le modèle de la Tour Eiffel plongeait dans le lit de la rivière où un seuil en béton muni d’une plaque à dévisser permettait l’ouverture en cas de problème.

Le fer étant soumis à l’oxydation par la rouille, un deuxième siphon en fibrociment moulé fut installé en 1972, parallèlement  à l’ancien.

Ces travaux confiés à la SOCEA ont duré six mois, de février à juillet.

D’une longueur totale de deux cents mètres, ce nouveau siphon est constitué de trente tuyaux de béton précontraint de sept mètres de long et de quatre vingt centimètres de diamètre, chaque section pesant trois tonnes huit cents. L’étanchéité des joints est assurée par des anneaux en caoutchouc. Il comporte à sa partie inférieure une vanne de décharge permettant son nettoyage.

La vie du canal aux siècles derniers

 Au cours de « l’aïguat » d’octobre 1940, le canal subit d’importants dommages entre la Forge et le Pont de Reynés et dût être reconstruit sur une grande distance.

Les réparations furent effectuées par l’entreprise Fondeville avec Ramon pour les petites réparations et l’installation d’un wagonet de la mine dans le lit du canal pour le transport du matériel.

Drame au Pont de Reynés

En 1956 cet ouvrage fut malheureusement le cadre d’un évènement dramatique. Outre de nombreux animaux, sangliers, chiens tombés dans le canal et avalés par le siphon, un habitant du Pont-de-Reynés mit fin à ses jours en se jetant dans le tuyau.  Il avait quarante cinq ans. On retrouva son corps quelques jours plus tard sur la commune de Céret.

Actuellement cette partie du canal est sécurisée avec herse et grillage mais la plus grande prudence est recommandée aux utilisateurs du chemin de berge.

Situé près de l’école de Reynés, il  joue un rôle pédagogique, exemple grandeur nature du principe des vases communiquant.

De nos jours

Forges et autres usines d’antan éteintes, l’eau du canal est utilisée uniquement pour l’irrigation.

Du tracé principal rayonnent des rigoles secondaires acheminant avec précision l’eau dans les jardins, l’entretien étant à la charge des propriétaires qui organisent deux fois par an des journées de nettoyage.

Deux « guarda-rec », garde-vannes sont chargés toute l’année de la surveillance du canal.

Philippe Galy explique : « Mon travail consiste à débroussailler  pour dégager les berges, couper la végétation envahissante, ratisser, et, en particulier pour le siphon, à dégager la grille deux fois par semaine, surtout au printemps et en automne. Lorsque la tramontane souffle, les feuilles s’accumulant, la grille est vite encombrée. Je vais aussi vérifier la prise d’eau à Amélie les Bains, les sècheresses fréquentes risquant d’abaisser le niveau.

Pendant la période de « hors d’eau », j’effectue le curage du lit, quelques petits travaux de maçonnerie pour colmater des fuites, sceller les cadres des vannes qui régulent le débit et la distribution …

J’assure également la gestion de l’eau et l’organisation de l’arrosage, suivant la météo et les besoins des tenanciers. »

En conclusion

Cette réalisation du 19° siècle contribue, depuis plus de cent cinquante ans, à maintenir la fertilité de la terre du Vallespir. Outre les recommandations de prudence, surtout à l’égard des enfants, il est absolument interdit, que l’eau coule ou pas, de déverser quoi que ce soit dans le canal car il est essentiel de respecter et préserver ce remarquable patrimoine humain et économique.              

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