11/12/2017

L’aïeule de can Borreil s’en est allée

 

Louise, que chacun appelait Louisette, est née le 24 septembre 1923 au hameau de can Borreil, fille unique de Joseph Arnaudiès et de Françoise Olieu. Une enfance heureuse dans un foyer de cultivateurs élevant poules, lapins, cochons… garantissant le nécessaire. Une scolarité au Pont de Reynés dans la maison de Gilberte Vergès,  puis à Céret où elle a été pensionnaire jusqu’au brevet. Elle a ensuite travaillé la terre avec ses parents, ses années d’adolescence perturbées par l’absence de jeunes gens partis à la guerre qui l’a marquée, comme ce jour où les allemands lui ont ordonné de tuer tous les pigeons et qu’à contrecœur elle dut s’y résoudre, obéissant aux instances de sa maman.

 Elle rencontra Joseph Devic du Pont de Reynés, et leur parcours ne fut pas de tout repos. Après le camp de jeunesse, il s’évada par Les Illes afin d’échapper à la réquisition pour l’Allemagne. Espagne, Algérie, débarquement en Provence, et lorsque Joseph enfin démobilisé, fut de retour, on célébra le mariage, en février 1946. Deux garçons naîtront de leur union. René en 1947 et Guy en 1951. L’angoisse survient quand le cadet est atteint de la poliomyélite à l’âge de un an, le clouant paralysé sur un chariot. Les soins nécessitant un séjour à Lamalou les Bains, chaque visite à leur enfant est une véritable expédition. Par la suite la famille passait un mois au Racou où l’iode marin était bénéfique au convalescent.

Malgré les épreuves, Louisette incarnait la gaieté, la générosité et l’amour du prochain. Excellente cuisinière, elle aimait réunir famille et amis autour de « boles de picolat » ou de «  pa d’ou ».

Son caractère affirmé l’aidait à prendre la vie à bras-le-corps. Les produits du jardin potager étaient vendus au marché d’Amélie les Bains où elle se rendait aux aurores pour installer planches et tréteaux. Elle adorait le contact avec les clients et prisait fort le calcul mental…

Après le décès de son mari en 2009, elle vivait seule dans la maison familiale. Adepte de jeux télévisés et de débats politiques, elle suivait les émissions jusque tard dans la nuit et aimait les discussions sur les sujets de toutes sortes.

A la Casa Assoleillada de Céret depuis trois ans avec sa copine Rosette Mestres, elle évoquait  les souvenirs toujours précis malgré l’âge et la santé déclinante. Elle s’est éteinte dans l’affection de sa famille, ses enfants, ses quatre petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants.

Nul doute que le « veïnat » de can Borreil regrettera longtemps celle qui était la mémoire locale du quartier et du village de Reynés.  

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