16/02/2018

Le commerce à Reynés « fa temps ».

 

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Le magasin LIDL flambant neuf a ouvert ses portes à la satisfaction des clients de Reynés et du Vallespir. On y trouve de tout, légumes, laitages, vêtements et outillage…

Mais comment faisait-on avant ?

Les jeunes enfants de notre XXI° siècle ont du mal à imaginer les ménagères se rendant au mas Trilles ou au mas Pallares avec une marmite en fer blanc que la fermière remplissait du lait crémeux des vaches traites de bon matin. Michel, le fils du métayer du mas Casals, effectuait la livraison de lait avec un récipient de cinq ou six litres en allant à l’école. Fruits et légumes, de saison, bénéficiaient d’un circuit très court, achetés tout frais cueillis à la propriété ou sur les marchés de Céret ou d’Amélie.

Le restaurant-hôtel Can Fouste était tenu par « la Bise », femme de Richard Dejaule boulanger à Palalda qui distribuait le pain au village. L’établissement était toujours plein et pour cinq francs servait un délicieux repas.

La Bise gérait également l’épicerie du rez-de-chaussée. Elle possédait la licence pour vendre de l’alcool. On voyait quelquefois un groupe de femmes cassant des noisettes pour les tourons du célèbre pâtissier d’Arles sur Tech.

Une deuxième épicerie, Can Proche, était sise près du pont dans la maison achetée en 1834 par Laurent Madern pour installer une forge. Vers 1930 la maman de Gilberte Vergès tenait le magasin d’alimentation, une salle de café pour joueurs de cartes… et une cabine téléphonique. Elle recevait les télégrammes qu’elle distribuait aux destinataires. Tout près se trouvait la boulangerie de Justin Piquemal et de sa femme, la Fine Boulangère. Lui aussi faisait la tournée dans le village.

De l’autre côté de la route, au Syndicat Agricole, Etienne Carbasse vendait graines, engrais, produits de traitement divers. Berthe la postière à bicyclette proposait aussi du tabac et on pouvait se chausser chez le fabricant de chaussures en cuir, sandalettes ou pataugas.

Enfin le Pont de Reynés était doté d’une pompe à essence à main, fonctionnant à l’aide d’une manivelle, équipée de deux réservoirs en verre de cinq litres chacun. Quand l’un se vidait l’autre se remplissait.

Reynés village était à ce moment-là bien achalandé. Deux cafés équipés d’une salle de bal se partageaient la clientèle. Can  Erre, devenu Can Dagoust avec Marie-Jeanne Dabouzy qui tenait aussi magasin d’épicerie et local téléphonique et en face Can Xicou nommé plus tard Ca la Rosine quand les grands-parents d’Alain Bocabarteille ont pris la gérance en 1952.

A côté du presbytère la « Marie d’en Jules » vendait du tabac dans une pièce annexe accolée à la bâtisse.

Viande et charcuterie étaient fournies par les bêtes élevées dans presque toutes les maisons. Un porcher de la Bastide livrait des cochons dans les mas. Un autre maquignon, Dorque, négociant à Arles sur Tech, achetait des porcelets à Revel et les amenait à domicile ou sur la foire de Céret. S’ajoutaient des marchands ambulants,  un épicier, appelé marchand « brut » (sale) parce qu’il léchait le couteau après avoir coupé le fromage, un poissonnier qui venait chaque semaine avec une 403 bâchée équipée d’un haut-parleur et qui rameutait tous les chats du quartier. Il avait succédé à un confrère venant de Sainte-Marie-de-la-mer en mobylette. Un commerçant de la Loire livrait des vêtements de très bonne qualité, comme le pantalon Sanfort « qui ne rétrécit pas ». Un voyageur de commerce de Perpignan, Jean Cruchan, vendait dans une jardinière de la farine au détail ou par sacs de cent kilos. Il faut aussi mentionner le « pellerot », acheteur de chiffons et de peaux de lapins, chèvres, moutons, qui faisait peur aux enfants.  La succession des tenanciers de toutes ces boutiques a transformé le paysage, mais les souvenirs et témoignages des uns et des autres, Prosper Madern, René Borrat, Josette Galy, Marcel Arnaudiès, André Paraire, Christian Sola…sont toujours vivaces, et révèlent un mode de vie complètement différent et pourtant pas si lointain que ça.  

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