11/05/2018

La cerise de Reynés « fa temps »

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La campagne des cerises a démarré dans le Vallespir.

Ayant détrôné le raisin et les céréales au début du XX° siècle, la cerise a connu son heure de gloire en 1965 avec 3800 tonnes récoltées, quand les cerisiers, arbres de bordures de champs, ont étendu leur territoire. Pendant la « foga » (pic de production), la population était pratiquement doublée par l’embauche de cueilleurs espagnols ou portugais. Et malgré la fatigue de la journée, c’était la fête tous les soirs dans les rues des villages.

La famille Arnaudiès du Moli d’en Pallari employait chaque année des catalans de la Garrotxa et du Ripolles, devenus au fil du temps et des saisons des amis très proches avec qui les relations perdurent. Angèle se rendait à Lamanère avec sa camionnette Peugeot 203 pour chercher Carmeta et sa sœur Maria venues à pied de Beget par le col de Malrem. Elles retrouvaient Isabelle de Camprodon, Marie…, toutes logées et nourries gratuitement.

Foulard sur la tête et tablier noué à la ceinture, les femmes grimpaient sur des échelles doubles en bois tandis que les hommes et les jeunes filles se faufilaient jusqu'au faîte de l’arbre, ne descendant que pour vider leur « falda ». Ces arbres immenses, parfois d’une dizaine de mètres de haut, portaient des fruits succulents. Les premières à mûrir étaient les Sant-Jordi, (cerise portée par le Ressuscité à la procession de Pâques), Hâtive de Bâle, Précoce de la Marche, Moreau, puis venaient les variétés plus tardives Palaldane, Garrofal, Cua Curt, Bigarreau et Sant-Pere pour terminer la saison. Elles ont aujourd’hui pratiquement disparu. En ce temps-là, les propriétaires ne traitaient pas. Quelques pucerons traqués par les coccinelles s’installaient mal à propos mais la mouche Suzukii n’avait pas encore fait la traversée. Les « covos », grands paniers d’osier à deux anses étaient portés par une charrette tirée par un cheval. Les cerises triées puis réparties dans des cageots en bois étaient expédiées dans toute la France. Le grand-père de Jeannot achetait les cerises « sur pied » à des propriétaires reynésiens et les apportait à Perpignan avec sa jardinière. La Coopérative de Céret Primeurs s’est ouverte en 1943 avec dix actionnaires, dont cinq de Reynés : Joseph Baills, Paul Ey, Joseph Coste, Barthélemy Borrat et Jean Arnaudiès.

Cette époque est révolue mais la cerise est toujours là, emblème vallespirien de grande notoriété aux vertus indéniables de précocité et de qualité. 

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